Cloud Stories de Luce Lebart réunit vingt histoires de rencontres entre la photographie et les nuages, de l’invention du médium au début du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Le livre puise dans la collection de l’Archive of Modern Conflict, complétée par des images issues de collections institutionnelles internationales. Il est organisé de façon thématique et chronologique, comme un grand album photo ponctué de portfolios et d’essais. Luce Lebart, connue pour avoir sorti de l’ombre des collections restées en marge de l’histoire, y met en avant l’apport documentaire, esthétique et scientifique de la photographie de nuages, qui a joué un rôle clé dans l’élaboration d’une classification et d’une nomenclature internationales.
Les noms de nuages reconnus aujourd’hui dans le monde entier datent du XIXe siècle. Cirrus et cumulus, que Goethe a chantés dans ses poèmes, n’ont été inventés qu’au début de ce siècle. Jusque-là, les nuages restaient sans nom et, quand on les décrivait, c’était avec des qualificatifs plutôt inquiétants : sombres, menaçants. Les pêcheurs et les agriculteurs, dont la vie dépendait de la météo, ont laissé des dictons comme « Ciel pommelé femme fardée sont de courtes durées », mais leurs savoirs suivaient plus souvent les astres et le comportement des animaux que les nuages. En 1802, dans l’Annuaire météorologique pour l’an X, le naturaliste français Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) est le premier à classer et à nommer les « formes ou figures » des nuages. Il part de cinq grandes familles, en compte douze en 1805, puis n’en retient plus que dix dans son dernier annuaire, paru en 1810.
- L’album des nuages
- Un monde sans nuages
- Attraper les nuages
- Études de nuages
- La classification des nuages
- La légende des nuages
- Nuages de cendre, nuages de feu
- Nuages asphyxiants, nuages dissimulants
- Mer de nuages
- Nuage, rosée, gelée
- Les systèmes nuageux
- La Semaine internationale des nuages
- À travers les nuages
- Le chapeau du mont Fuji
- L’atlas des états du ciel
- Les dessins des avions dans le ciel
- Nuage atomique
- Un atlas, des atlas
- Nuages des Carpates
- De l’obscurité vers la lumière, les nuages de Jafar Panahi
- Un nuage par jour
La classification de Lamarck est restée totalement ignorée. Celle que l’Anglais Luke Howard publie en 1803, sous le titre On the modifications of Clouds and on the Principles of their production, suspension and destruction, a été reconnue dès la première décennie. Elle est à l’origine de la classification actuelle, et Howard est aujourd’hui célébré comme « l’inventeur des nuages ». Ses définitions sont plus concises et plus précises que celles de Lamarck, qui s’inspirait de croyances populaires et de données astrologiques mal vues du monde savant de son époque, et en particulier de l’empereur. Howard emploie en outre une terminologie latine, plus internationale que la nomenclature française, et ses figures aident à mieux le comprendre. Ces travaux pionniers mèneront à un Atlas international des nuages, dont la dernière édition, publiée par l’Organisation météorologique mondiale, paraît à la fin du XXe siècle. La photographie, qui a permis d’élaborer des atlas valables en tout endroit du monde, y a beaucoup contribué.