Disponible à partir du 29 Mars
Une mémoire du paysage
L'artiste travaille la mémoire du paysage par superposition — images et traces du temps imprimées sur une même surface argentique. Plusieurs temporalités s'y trouvent simultanément, sans hiérarchie. Le paysage bouge : quelque chose y persiste, s'efface, revient.
« Je suis à nouveau dans le jardin, j'essaie d'entendre la voix des choses, de comprendre où elles nous mènent. Fleurs coupées, palmier, assiette. Et puis quelques bouquets. Plus loin une eau vaseuse, sans horizon, et en tournant la tête ce même arbre, pourtant différent à chaque regard, devant un ciel offusqué par des matières changeantes. Je me laisse porter un instant par cette ronde étrange, je suis de moins en moins sûr de pouvoir saisir la direction des choses, quand tout à coup le souvenir de notre conversation me revient et je m'aperçois que je cherchais un récit là où il y avait une histoire plus vaste, évidente, dépliée sous mes yeux depuis le début. Soudain je peux en nommer chaque élément, en ordonner chaque chapitre : c'est une nature peinte, un livre de peinture. Une photo qui fait et refait de la peinture – qui la reparcourt en totalité. »
Toute l'histoire des images
« Je reviens sur mes pas et j'ai devant moi toute l'histoire des images. La chronologie même y est, depuis les origines. Frise de bovidés paléolithiques, leur procession suivant une courbe creusée par l'eau dans le relief du paysage. Corbeille de fruits échappée d'une fresque pompéienne, feuillage insondable de la Villa Livia. Prédelles du Saint François de Giotto, avec son arbre solitaire dressé sur le fond d'or craquelé comme une terre desséchée. Main extraite d'une étude anatomique d'un maître de la Renaissance. Vanités. Natures mortes hollandaises. Chardin. Gainsborough. Nymphéas. Bouquets d'Odilon Redon. Mais aussi premiers daguerréotypes. Tirages négatifs et solarisations surréalistes. Ce long mouvement de peinture qui tend la main à la photographie a quelque chose de poignant. À vrai dire je ne sais pas dans quelle direction va ce mouvement : s'il régresse vers les commencements ou si plutôt il en part et nous apporte dans un grand ressac des images qui nous font revivre sur une ligne de crête l'histoire de la peinture jusqu'à l'apparition du nouveau médium photographique – et jusqu'aux épreuves que voici, qu'on dirait prises dans la fragilité des commencements, pas encore détachées de leur antiquité. Une fulgurante légende des images peintes revécue par la photographie, à l'intérieur d'elle-même. » Extrait du texte de Bertrand Schefer