Panoptik by Cédric Gerbehaye - Tipi bookshop
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Panoptik by Cédric Gerbehaye

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Panoptik traverse ces couches sans les lisser : le présent et le passé, le regard du photographe et celui de l'institution, ce que les murs ont vu et ce qu'on a laissé pourrir dans les sous-sols.

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Pendant neuf ans, Cédric Gerbehaye a habité avenue de la Jonction, à Bruxelles. De son appartement, toutes les fenêtres donnaient sur une prison. Forest, Saint-Gilles, Berkendael : entre deux reportages à l'étranger, il rentrait chez lui et les murs étaient là. La première entrée se fait en 2014, pour accompagner une journaliste du Wall Street Journal venue couvrir la surpopulation carcérale. À la fin de la visite, le directeur lui coupe la parole avant même qu'il ait posé sa question. Il sait ce qu'il veut demander. Il refuse. Quelques mois plus tard, il change d'avis.

Ce qui suit, c'est plus d'une décennie passée à l'intérieur — à photographier les détenus et les agents, les cellules de neuf mètres carrés occupées à trois, les seaux qui restent sans être vidés pendant quarante-huit heures, les taches de moisissure orange sur les murs. Mais aussi les moments de confidence, les gestes du quotidien, tout ce qui résiste à sa propre négation. C'est en cherchant des archives pour le générique de La Peine, son film documentaire, que Gerbehaye tombe dans une caisse en carton aux Archives de l'État sur une pile de dossiers du laboratoire d'anthropologie pénitentiaire : des portraits photographiques de profil, de face, de trois-quarts, datés de 1919. Le choc, dit-il, est physique.

Ces images ont une histoire longue et trouble. Fondé en 1908 par le docteur Vervaeck à la prison des Minimes, puis transféré à Forest en 1911, le laboratoire d'anthropologie pénitentiaire appliquait à la lettre les principes du bertillonnage : mesure des corps et des crânes, prise d'empreintes, portrait photographique réglementé — identifier, classer, surveiller. Les milliers de visages ainsi capturés disent moins les individus photographiés que les ambitions de ceux qui tenaient l'appareil. Conservés dans des pièces humides, en proie aux moisissures et aux rongeurs après avoir perdu toute utilité administrative, ces archives reflètent ce que toute société choisit de garder — et de qui. Panoptik traverse ces couches sans les lisser : le présent et le passé, le regard du photographe et celui de l'institution, ce que les murs ont vu et ce qu'on a laissé pourrir dans les sous-sols.

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